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Série d'été sur le mercato 2003 - Cristiano Ronaldo à Manchester United, l'inconnu qui a rendu fou le Royaume
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Publié 01/08/2023 à 23:45 GMT+2
En 2003, Manchester United tente un coup assez inhabituel sur le marché des transferts. Pressée par Sir Alex Ferguson, la direction des Red Devils met le paquet pour s'offrir Cristiano Ronaldo, un jeune prodige qui a donné le tournis aux cadors mancuniens lors d'un match amical face au Sporting. La concurrence était féroce. Mais le jeu en valait la chandelle.
Série d'été sur le mercato 2003 - Cristiano Ronaldo, le prodige dont rêvait Arsène Wenger mais qui finira avec Sir Alex Ferguson
Crédit: Marko Popovic
Cette semaine, Eurosport vous fait revivre l'été où le football a changé d'ère. 2003 marque un tournant pour les Galactiques du Real Madrid, pour le FC Barcelone renaissant d'un certain Ronaldinho ou pour le nouveau riche Chelsea. Ce mercredi, troisième épisode de notre série avec le transfert de "CR7" à Manchester United.
C'est un match dont personne n'aurait dû se souvenir. Hormis, peut-être, quelques supporters locaux présents dans les tribunes, pour le symbole. Ce 6 août 2003, le Sporting Portugal reçoit Manchester United pour inaugurer sa toute nouvelle enceinte José Alvalade, à un an de l'Euro organisé sur le territoire. Sur le papier, l'affiche est prestigieuse pour les Leões et ennuyeuse pour les Red Devils : les joueurs mancuniens sont encore en plein jet-lag, essorés par une longue tournée américaine. Les supporters, eux, digèrent à peine le départ de David Beckham au Real Madrid. Il ne manquerait plus que la Reine quitte elle aussi le Royaume.
Tout ce petit monde ne le sait pas encore mais cette rencontre va avoir une influence considérable sur les six prochaines années du club mancunien. Et sur l'intégralité du football européen pendant vingt ans. Malgré le contexte, Sir Alex Ferguson aligne un onze plus que correct avec Ferdinand, Butt, Scholes, Solskjaer et les Français Barthez, Silvestre et Bellion, fraîchement débarqué de Sunderland.
Un dribbleur aux mèches blondes
Mais l'Ecossais a un autre joueur à l'œil. Il est jeune, frêle, avec des mèches blondes. Il évolue de l'autre côté du terrain. Et son nom rappelle étrangement un attaquant ovationné par Old Trafford quelques semaines plus tôt, alors que celui-ci venait d'y inscrire un triplé avec le Real Madrid. Cristiano Ronaldo, jeune Portugais de 18 ans, est inconnu de l'équipe adverse.
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Cristiano Ronaldo face à John O'Shea lors du match opposant Manchester United au Sporting, en 2003
Crédit: Imago
Visiblement, il est doué. Il est très agile techniquement et la fatigue évidente des Mancuniens ne suffit pas tout à fait à justifier le delta de vitesse séparant le petit prodige des références de United. Même s'il est vrai que John O'Shea - son vis-à-vis - n'est pas franchement un ogre du sprint...
"Sheasy [son surnom] a demandé à voir le médecin du club à la mi-temps parce qu'il était pris de vertiges, racontera plus tard avec humour Roy Keane, sur le banc ce jour-là, dans son autobiographie. Il était tout retourné !" Le Portugais n'a pas eu une influence directe sur la victoire des siens mais il a épaté son monde. Ferguson, lui, a vu ce qu'il voulait voir.
"Après le match, Gary Neville est entré dans le vestiaire et a dit : 'Coach, recrutez ce gamin'", a confié Mikaël Silvestre lors d'une interview à FourFourTwo. Dans les couloirs du nouveau stade lisboète, le latéral anglais n'est alors pas le seul à évoquer la prestation du jeune homme auprès de l'Ecossais. D'autres cadres du vestiaire le découvrent ce jour-là. Mais pas le coach mancunien : "Avant le match, il avait mentionné un jeune talentueux qui méritait notre attention, a raconté Silvestre. Il n'a pas précisé son nom. Mais à la fin, tout le monde le connaissait...".
Contrairement à ce qui a été dit et écrit à l'époque, ce ne sont pas les joueurs qui ont convaincu Ferguson de signer le jeune ailier. Carlos Queiroz, adjoint de "Fergie" durant la saison écoulée, lui a déjà dit depuis plusieurs mois tout le bien qu'il pense de Cristiano Ronaldo. Avant même cette rencontre, le board des Red Devils s'était déjà accordé verbalement avec l'ailier pour un engagement avec MU... deux ans plus tard. Ce 6 août 2003, Ferguson souhaite simplement accélérer le processus.
À la mi-temps, il décide d'envoyer l'un de ses adjoints, Albert Morgan, presser le directeur général Peter Kenyon de boucler l'affaire : "Nous ne partirons pas d'ici tant que nous n'aurons pas signé ce gamin". Nul ne sait vraiment si l'Ecossais se laisse alors guider par son instinct... ou par le contexte. Peut-être un peu des deux. Après tout, United vient de perdre Beckham et de se faire doubler pour Ronaldinho. Et visiblement, Queiroz n'est pas le seul à connaître le talent du bonhomme.
Liverpool, Chelsea et, surtout, Arsenal...
Jorge Mendes, encore méconnu représentant du joueur, a reçu un certain nombre de coups de fil lors des semaines précédentes. Alors il fait monter les enchères. Deux mois plus tôt, Cristiano a brillé lors du très réputé tournoi de Toulon remporté avec le Portugal. "C'est là que je l'ai découvert, assurera plus tard Gérard Houllier - à l'époque manager des Reds - au Liverpool Echo. Nous avons tenté. Mais nous avions une grille salariale et nous ne payions pas le genre de salaire qu'il voulait...".
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Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers après la victoire du Portugal au Tournoi de Toulon, en 2003
Crédit: Getty Images
Un autre manager français choisit d'aller beaucoup plus loin dans les démarches : Arsène Wenger. Au début de l'été, le coach des Gunners s'investit personnellement : il invite le prodige portugais à Londres, lui fait visiter les installations du club et rencontre même sa maman, omniprésente pour son fils. En guise de bouquet final, il offre à l'ailier du Sporting un maillot d'Arsenal floqué à son nom et avec le numéro 9. Bref, l'Alsacien a fait une bonne partie du boulot. Reste à convaincre... le Sporting. Et c'est là que ça coince.
Pour boucler l'affaire, le club londonien doit lâcher au moins 18 millions d'euros. Soit plus que ce qu'il a fallu pour se payer le champion d'Europe Sylvain Wiltord. Plus, aussi, que le montant déboursé pour s'offrir Thierry Henry, qui était tout sauf un inconnu. Faire cet effort, c'est aussi mettre en péril l'équilibre du vestiaire. D'autres se posent moins de questions. Barcelone et le Betis tentent le coup. Le nouveau (très) riche Chelsea propose 12 millions d'euros en plus de l'international néerlandais Jimmy Hasselbaink.
Manchester passe donc à l'action, après avoir d'abord envisagé de l'acheter et de le prêter à son club formateur dans la foulée. Pressée par Ferguson, la direction des Red Devils cède à tous les caprices, y compris ceux de Jorge Mendes, bien décidé à faire de son poulain un jeune joueur grassement rémunéré. Le prodige de Madère touchait 1500 euros par mois à Lisbonne. Il percevra deux millions par an à Manchester.
"Après le coup de sifflet final, certains de mes coéquipiers m'ont dit que je finirais au club, car Sir Alex était là et voulait me parler, relatera Ronaldo bien plus tard. Il m'a emmené au vestiaire et m'a présenté les joueurs. Tout est allé si vite ! Deux jours plus tard, je me suis rendu en Angleterre et j'ai signé le contrat". Le Sporting encaisse 15 millions d'euros. Un record pour le club.
Moins d'une semaine après le match qui a donné quelques sueurs froides aux défenseurs mancuniens, Cristiano Ronaldo est présenté à Old Trafford en compagnie d'une autre recrue, plus prestigieuse aux yeux des supporters. Kleberson, sacré champion du monde avec le Brésil un an auparavant et auteur d'un excellent match face à l'Angleterre, débarque en même temps que le jeune Portugais, dentition imparfaite et tenue vestimentaire hasardeuse. "Qui est ce petit ?", s'interroge-t-il alors.
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Kleberson et Cristiano Ronaldo lors de leur présentation à Manchester United, le 13 août 2003
Crédit: Getty Images
Il va réellement le découvrir quelques jours plus tard, comme 67.000 personnes présentes à Old Trafford, le 16 août lors d'un match face à Bolton. En une demi-heure, Ronaldo, numéro 7 sur le dos, électrise, dribble, provoque. Et prend des coups. Dès son entrée en jeu (61e), le Portugais subit un gros tampon adverse. Mais il se relève immédiatement. "Je me suis dit : 'il a des c….'", s'est souvenu Ferguson par la suite.
Et de l'ego, aussi. Dans le vestiaire, sa relation avec Ruud Van Nistelrooy fait des étincelles et les cadres Keane et Neville lui mènent la vie dure. "On lui disait que Figo était meilleur que lui, a rapporté Kleberson, essentiel dans son intégration, lors d'une interview à ESPN. Il n'aimait pas beaucoup ça. Quand Figo marquait ou réussissait un grand match, on lui mettait la pression." C'est là le début d'un mécanisme qui fera de Ronaldo le meilleur joueur du monde à Manchester United. Puis ailleurs.
Finalement, ce match d'inauguration disputé à Lisbonne n'était qu'une évidence. Même si certains ont tenté de s'octroyer un rôle. Quelques jours après l'arrivée du futur "CR7" à Manchester, John O'Shea l'aurait accueilli avec une drôle de remarque : "Tu me dois ce transfert". L'Irlandais ne savait pas encore que les grands clubs s'étaient battus, à coups de millions et de promesses, pour arracher ce jeune inconnu. C'était rare à l'époque. C'est devenu courant, vingt ans plus tard.
A suivre jeudi : L'épisode 4 consacré au départ de Claude Makélélé à Chelsea
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Cristiano Ronaldo avec le Sporting lors de la saison 2002/2003
Crédit: Imago
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